Dissertation Philosophique Sur La Technique

Le candidat redoute un retour en force d’Adorno à l’orée de la troisième partie, la plus acrobatique puisqu’il faut parvenir à y faire coexister les contraires dans une sorte d’unité supérieure, qui lui a toujours paru éminemment mystérieuse.

Ce qui vient d’être dit crée un suspens dont la retombée s’effectue lentement sur le territoire de l’art, qui a observé en silence, mais avec intérêt, les ébats de l’esthétique (à l’égard de laquelle il demeure dans une muette réserve) et de la technique (laquelle suscite en lui, à vrai dire, plus de curiosité, et parfois même d’émerveillement, que de frayeur).

Les statues de Léon de Laborde, d’Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, de John Ruskin et de William Morris seront dressées, telles des figures tutélaires, à l’entrée d’icelui.

Le fait que les approches et les points de vue de ces honorables gentlemen aient été fort dissemblables ne sera pas prise en compte, car seule im­porte pour l’occasion la croisade qu’ils menèrent avec fougue et simultanément pour favoriser le mariage.

Elle expliquera chemin faisant l’afflux massif d’objets destinés à la vie quotidienne, produits en grande quantité, décou­plant la conception de la production et elle ajoutera, sans men­tionner ici sa dette à l’égard de François Loyer, comment ce découplage fit vaciller les statuts et désorganisa les hiérarchies traditionnelles du travail.

Enchaînant sur l’inquiétude de quelques bons esprits témoins de cette évolution et sur la lutte passionnée qu’ils menèrent pour infléchir son cours par la réintroduction de la qualité, du style et de la beauté dans une production de masse guettée par une dégradation irréversible, elle finira par arriver sur le site du happening. Une bonne note permettrait-elle d’accéder au grade supérieur dans le d’une bureaucratie universi­taire, à défaut d’être « céleste » ? Sa formulation abrupte est-elle liée à une épreuve obligatoire de philosophie au programme d’un concours interne à une caste de lettrés ?La première partie s’achèverait ainsi, sous un ciel bas et lourd de nuages de synthèse, par une in­terrogation volontairement dramatisée, formulée avec toute la gravité requise par les docteurs de l’âme souffrante et des esprits malades au double chevet de l’art et de l’esthétique agonisants. La remémoration d’une visite que firent ensemble Fernand Léger, Brancusi et Marcel Duchamp au Salon d’Aviation de 1913 pour­rait alors convenir. » La transition avec ce qui suit serait certainement facilitée par l’évocation d’une telle anecdote.Selon Léger, alors qu’ils se promenaient tous les trois au milieu des moteurs et des hélices, Marcel l’aurait apos­trophé en ces termes : « C’est fini la peinture. La seconde partie s’efforcera en effet de créer une circulation d’air là où la première s’était employée à accumuler des affirmations massives, unilatérales et redondantes.Inutile d’annoncer le plan, cette précaution signe trop un esprit scolaire. Elle s’ouvrira sur une description très légèrement apocalyp­tique, dont la technique en majesté constituera le thème central.Sa toute-puissance, son omniprésence, son impérialisme, son emprise sur le territoire, sur la vie physique et psychique de l’homme, le dopage constant que la science lui assure – feront l’objet d’une affirmation massive et peu nuancée.Le tableau comportera inévi­tablement un volet sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication dont la familiarité apparente ne résorbe pas « l’inquiétante étrangeté ».(Sur les bouleversements et les mutations, avérées ou encore imprévisibles, dont elles sont grosses, puiser à pleines brassées dans Virilio).Ayant réussi à li­quider la nature (reprendre ici l’image frappante de Bernard Stiegler : nous continuons à désigner sous le vocable de vache ou de betterave des objets techniques conçus dans des ateliers qui ressemblent beaucoup à la nature), la technique n’est-elle pas en mesure, en passe, ou n’a-t-elle pas déjà liquidé aussi l’esthétique, après avoir peut-être absorbé l’art puisqu’il ne figure déjà plus au générique ?Ne nous dit-on pas d’ailleurs (rester vague sur le « on ») que, depuis longtemps déjà l’art ne survit à sa mort plu­sieurs fois annoncée que grâce à une perfusion ininterrompue et lourdement dosée d’esthétique ?

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